Biographie de Louis de Fontanes

 

La Famille : origines et destinée

Les Cévennes sont le berceau des Fontanes des APPENETS dont les antécédents connus remontent au XIIIème siècle. Ce nom reste mystérieux en ce qui concerne l'ajout des Appenets : petite noblesse ou roture ? Louis comme ses ancêtres entretient le flou à une époque où l'origine sociale facilitait ou entravait le destin des carrières. Traverser l'extrême fin de l'Ancien Régime, survivre à la Révolution, s'investir sous l'Empire, être estimé lors de la Restauration implique une extrême prudence : une commune, LAMELOUZE, au Nord-Ouest d'ALES inclut un hameau, les APPENS, autrefois orthographié APPENET, ce qui pourrait laisser entendre la possession d'un domaine nobiliaire ou seulement la distinction d'une branche familiale résidant en un lieu dit. Fontanes est excusé de cette zone d'ombre : le dilemme est évident, sous l'Ancien Régime être un "hobereau sans terres" entraîne la condescendance, sinon le mépris ; plus tard, être un ci-devant expose à tous les périls.

La famille se convertit au calvinisme, doit s'exiler et choisit Genève, après la révocation de l'Edit de Nantes en 1685. Les terres s'il y en a, sont saisies et changent de mains. Genève accueille les proscrits qui y exercent la profession de drapiers. Vers1740, un certain Jean Fontanes et son fils Pierre Marcellin, profitant d'une accalmie dans la confrontation religieuse regagnent le royaume de France. Le père, sans doute par relations et par son aptitude aux affaires se fait connaître des autorités : toujours est-il que le contrôleur général des Finances ORRY le nomme inspecteur des manufactures à SAINT-PONS-DE THOMIERS en Bas Languedoc. Son fils Marcellin lui succède et embrasse la carrière à SAINT-GAUDENS, en pays ariégeois. C'est là qu'il épouse Jeanne de SEDE veuve FERIER, mère de trois filles, Louise, Imberthe, Anne. Marcellin recueille les trois enfants qu'il élève comme les siens. En 1751 naît à Saint-Gaudens le premier fils du couple, baptisé catholique car Jeanne a exigé que les futurs enfants embrassent la religion catholique, en tant que fervente croyante : Pierre Marcellin Fontanes est muté à Niort où il s'installe en 1757. Le 6 mars 1757, peu après le changement de domicile naît Jean - Pierre - Louis appelé communément Louis.

 

Louis Fontanes : le Niortais

L'enfance de Louis se déroule dans une ambiance familiale sereine. Quelques années passent et il faut songer à l'éducation du jeune garçon qui est confiée à un prêtre rigoriste, héritier des jansénistes, le père BORY Curé de la FOYE-MONTJAULT à une vingtaine de kilomètres de Niort. Éduqué à la spartiate, en révolte larvée, Louis regagne le foyer familial et intègre le collège de l'Oratoire dont la réputation méritée, n'est plus à faire. Les Oratoriens niortais, très ouverts aux idées nouvelles " du siècle des Lumières" prodiguent un enseignement d'avant garde tout en privilégiant les humanités classiques.

Le jeune Louis, doué mais nonchalant, poursuit une scolarité contrastée : il ne rêve que de belles Lettres, donc survole ce qui ne le passionne pas. Son père, réaliste, songe à son avenir et l'initie, autant que faire se peut, aux rouages de sa propre profession.

C'est alors que s'abat sur le jeune homme en quelques années un véritable cataclysme : son frère Dominique meurt en novembre 1772, son père décède en septembre 1774 et sa mère rend l'âme en 1776.

 

Que faire ? L'intermède normand !

Vaugelade, le successeur de Monsieur Fontanes prend Louis sous sa protection ; il est nommé élève inspecteur puis muté à Rouen. Le jeune homme dispose de ressources limitées mais est accueilli par des amis de la famille, les Flavigny, riches manufacturiers des Andelys. Ne se sentant aucune vocation pour sa charge future, Louis prend une décision téméraire et risquée : se consacrer à sa seule passion, l'écriture et surtout la poésie. Il gagne Paris berceau des arts, en 1777 !

 

Fontanes, littérateur de talent, forge sa personnalité

La vie parisienne est pleine d'embûches pour un jeune homme, certes intelligent et prometteur, mais cependant fragile et démuni financièrement. Il lui faut donc prospecter et se forger des connaissances et des amitiés durables. Le sort lui sourit : il rencontre Fany de Beauharnais, tante de la future impératrice Joséphine, épouse d'un gentilhomme campagnard, des environs de CHANTONNAY (Vendée) dont elle est séparée. Les Beauharnais ont-ils connu les Fontanes étant donné le proche voisinage ? C'est possible, mais reste une hypothèse. Fany présente son protégé à son amant DORAT, bel esprit et poète à la mode dans les cercles intellectuels, qui lui sert de mentor dans sa quête de protections et de subsides. Il intègre la société maçonnique " des neufs sœurs " où il côtoie Combaceres, Houdon, Greuze, Bailly puis Danton.

Fontanes écrit beaucoup, reçoit un accueil favorable parmi les lettrés et les rédactions de journaux ; il est admis dans les salons et se forge des amitiés indestructibles, en particulier celle de Joseph Joubert, moraliste et auteur de pensées riches en finesse, délicates d'observation mais un peu précieuses comme c'est souvent le cas en période de classicisme finissant, et puis celle de Chateaubriand qui s'avère très féconde car les deux hommes ont chacun l'un sur l'autre une influence faste dans les choix et l'expression littéraires.

La plupart des œuvres de Fontanes, ont été publiées post mortem, par les soins de sa fille Christine en 1839 chez Hachette. Le style de Fontanes, néoclassique, souvent antiquisant est certes déclamatoire et descriptif, cependant au fil des années et peut-être sous l'influence de Chateaubriand et réciproquement, l'intimisme éclôt, annonçant le romantisme.

"Les Déserts" ; "La Forêt de Navarre" ; "Jour des morts dans une campagne" ; "La Chartreuse de Paris" qui retouchée est insérée par Chateaubriand dans "Le Génie du Christianisme" ; "Épître en faveur des non catholiques" couronné par l'Académie et célébrant le nouvel édit de Tolérance de 1788 ; "Le Cri de mon cœur" ; "Sur la nature et sur l'homme"; "Ode sur l'inconstance" ; "Poème séculaire" ; "L'Aigle et le Rossignol" ; "Le Vieux Château" ; "La Maison sauvée" ; "La Maison rustique" ...

Poète, puis prosateur, Fontanes est également critique littéraire, un analyste sûr parfois percutant jamais féroce comme en témoignent ses articles du "Journal des Dames".

 

Fontanes et la révolution

Fontanes, jusqu'ici libertin, friand d'aventures amoureuses, grand pécheur devant l'Éternel doit affronter deux décennies fort houleuses : ses facultés d'adaptation, son flair politique lui sont d'un grand secours. Il le faut ! Sa situation toujours équivoque au gré de l’accélération des événements, le met souvent en péril. Ses opinions exposées dans "Le Réformateur", titre plus qu'évocateur sont dignes d'un "monarchien" . Il est nécessaire de mettre un terme à la monarchie absolue et de droit divin qui par ses excès est de plus en plus contestée. Montesquieu l'inspire ainsi que tous les philosophes. Son modèle : le système anglais mais adapté à la société française ; une monarchie au pouvoir fort, garante de la pérennité du royaume mais tempérée par la participation active des forces vives et éclairées, en particulier l'élite bourgeoise. La Constitution, outre l'égalité et l'entraide, doit assurer les droits fondamentaux de l'Homme, la liberté de pensée, d'entreprise, d'où la nécessité de mettre en place une administration fondée sur le mérite et non plus sur la naissance ou la vénalité des offices. Le Colbertisme avec sa réglementation devenue archaïque, tatillonne, inopérante doit céder le pas à l'émulation, la compétence et la libre circulation des marchandises.

De 1789 à 1795, Louis Fontanes est plus spectateur qu'acteur sur la scène politique, même s'il reste un observateur critique et vigilant. Il n'exerce aucun mandat, ne sollicite aucune fonction et ne se présente à aucune élection. Il se méfie des débordements populaires et de tout excès qui dénatureraient la volonté de modernisation des institutions naissantes. Il souhaite des remparts, aussi verrait il avec intérêt l'Eglise devenir le gendarme moral de la nouvelle société.

La vie suit son cours, une nouvelle France prend son essor : la monarchie constitutionnelle inspire confiance à Fontanes. Assagi quelque peu, il fonde un foyer, épouse en 1792 Chantal CATHELIN, héritière d'une riche famille de Villeneuve sur Yonne. Ce mariage apporte à Fontanes une solide aisance. Le couple aura deux enfants : Imberthe née en septembre 93, décédée prématurément de la variole en décembre 94, puis Christine née en Août 1801.

La Législative, la Convention portent un coup fatal aux espérances de Fontanes : l'exécution du roi, la guerre généralisée, les révoltes intérieures l'épouvantent. Fontanes se terre et part pour Lyon où la famille Cathelin possède une maison : choix malheureux ! Lyon tombe aux mains des royalistes ; la répression est sanglante et Fontanes a juste le temps de gagner la Normandie où il se réfugie chez les Flavigny, en attendant des jours meilleurs. Thermidor survient, les Fontanes s'installent rue du Faubourg Saint-Honoré. L'étau se desserre, la Convention se sépare, le Directoire prend place.

Fontanes respire mais rompt définitivement avec la Révolution : il écrit beaucoup dans le journal "Le Mémorial". Nouvelle alerte : le Directoire menacé par une flambée royaliste procède au coup de force du 18 fructidor - septembre 97 - et décide l'épuration de la presse. Fontanes s'exile d'abord en Allemagne, puis en Angleterre où il rejoint son ami Chateaubriand émigré depuis 1792. Fontanes revient en 1798 et ne se manifeste guère jusqu'au coup d'état du 18 brumaire.

 

Les honneurs : Le Consulat et l'Empire

Dès 1797, Fontanes a choisi Bonaparte, l'homme providentiel, seul apte à présider aux destinées de la France, même s'il reste monarchiste de cœur :

Fontanes est présenté à Elisa, sœur de Bonaparte sans doute par l'intermédiaire de Fany. Devenue sa maîtresse, Elisa l’introduit auprès de deux de ses frères, Lucien et Napoléon lui-même.

Fontanes rusé, persévérant sait se faire remarquer pour accéder à l'avant scène. Le début de sa carrière est certes fort discutable : Lucien, ministre de l'Intérieur le nomme "réviseur extraordinaire" ! Ce titre pompeux cache une réalité autrement prosaïque, la censure !

La promotion de Fontanes est irrésistible

membre du conseil privé

commandeur de la Légion d’Honneur

L'influence de Fontanes sur Bonaparte, le César devenu Napoléon l'Auguste, peut se mesurer à deux faits : Chateaubriand est rayé de la liste des émigrés dès 1801, devient secrétaire de Légation à Rome en 1803, est admis à l'académie en 1811 ; quand on connaît la nature ombrageuse de l'Empereur on ne peut être qu'étonné par cette mansuétude à l'égard de son ennemi intime. . .

La grande œuvre de Fontanes reste bel et bien la mise en place des Lycées ; une des masses de granite dont Napoléon voulait marquer son règne : enseignements primaire et supérieur semblent avoir été négligés, sûrement par manque de crédits et surtout de temps. Les lycées ont un rôle bien précis à assumer : former les cadres compétents de l'administration et de l'armée, issus de la bourgeoisie, éduqués sévèrement dans un esprit de docilité et de reconnaissance. Les jeunes gens, en uniforme sont astreints à un régime militaire, ont tous, sur l'étendue du territoire, le même emploi du temps, utilisent les mêmes manuels et doivent devenir les zélés laudateurs de la quatrième dynastie.

 

 La fin d'une vie riche d'enseignements

Dès 1812 Fontanes, comme beaucoup des responsables de l'époque, assiste au dépérissement puis à la chute inéluctable de l'Empire. Lui aussi, mais peut-on le reprocher à un homme en situation, s'apprête à tourner la page.

Le 14 Avril 1814, Napoléon abdique ; le 22 du même mois Fontanes harangue le comte d'Artois, le 3 mai prononce le discours à l'adresse de Louis XVIII : le roi nomme Fontanes membre de la commission chargée de préparer la Charte, lui octroie une retraite annuelle de 30 000 francs lors de la suppression de la charge de grand maître de l'Université, rétablie en 1822 au profit de Monseigneur Frayssinous, puis le promeut Pair de France et lui remet le grand cordon de la Légion d'Honneur.

Survient l'intermède des "cent-jours" ; Fontanes regagne la Normandie puis après la seconde abdication le 22 juin 1815, il fait partie de la délégation venue saluer Louis XVIII à Saint-Denis. Il est fait marquis le 31 août 1817. Le 10 mars 1821 Fontanes est atteint de troubles cardio-vasculaires et s'éteint le 17 du mois suivant.

Il repose au Père-Lachaise à proximité du maréchal Ney dont il refusa de voter l'exécution, en tant que membre de la Chambre des Pairs, lors du procès du "Brave des Braves" accusé de trahison pour s'être rallié à Napoléon au retour de l'île d'Elbe après avoir promis de l'arrêter. Madame Fontanes décède le 24 novembre 1829. Christine de Fontanes disparaît à son tour le 12 novembre 1873, sans postérité.

 

Pierre MOULIN

Professeur honoraire d'histoire-géographie au lycée Fontanes

 

La fin d'une vie riche d'enseignements